Ailleurs, c’est là où je vis, presque tout le temps. Ailleurs dans l’espace, mais surtout ailleurs dans le temps. Je suis tout le temps demain, l’année prochaine, dans 5 ans, quand le temps sera plus clément et les possibles encore plus possibles, quand je serai vieille et que j’ai peur, ou quand je serai morte et que j’ai encore plus peur, ou quand je saurai encore plus qu’aujourd’hui, je saurai plus de choses, et je saurai faire plus de choses, quand je saurai tout faire.
Je suis souvent ma prochaine rencontre, il faut que je la prépare dans ma tête, une fois, deux fois, vingt fois. Des fois, je suis hier, aussi, mais beaucoup moins que demain. Je suis mon enfance, un peu.
Mais je me soigne. Pour que demain qui sera aujourd’hui soit serein, il parait qu’il faut profiter du aujourd’hui qui sera hier. Mais c’est pas facile. Parce que le maintenant, c’est souvent plein d’inconfort. Mes capteurs marchent au max, tout le temps. Le présent m’assaille souvent les sens, m’agresse parfois, ne se contrôle jamais. Demain est plus doux, puisque demain ne me touche pas et que je le modèle à ma guise.
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